Proche-Orient, réalités géographiques et historiographiques

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Petra Proche-Orient à l'époque antique

Définir le Proche-Orient géographiquement

Il n’est pas évident de faire un rapprochement entre notre vision du Proche-Orient (Near East) et la vision Antique de cette localisation. En effet, nos ancêtres n’identifiaient pas cette zone de la même manière que nous. Aujourd’hui notre vision de l’Orient est très influencée par notre vision occidentale et française. Le terme Proche-Orient a une place importante dans l’historiographie française, a contrario du monde savant international. Le terme Proche-Orient est davantage remplacé, aujourd’hui, par le mot Moyen-Orient (Middle East) qui prend ses sources dans la science anglo-saxonne.

Afin d’utiliser convenablement le terme Proche-Orient et lui apporter une réalité Antique, il faut impérativement intégrer l’Égypte, qui a une place importance dans ce territoire. En effet, tout le territoire du croissant fertile s’intègre dans le Proche-Orient. C’est donc le territoire à l’est de ce que nous appelons le Moyen-Orient, comprenant les pays suivants : Turquie, Syrie, Liban, Irak, Égypte, Israël, Jordanie et Arabie Saoudite. Un moyen plus intuitif pour délimiter ce territoire supranational est d’utiliser des lieux géographiques bien identifiés : le mont Zagros à l’Ouest (Iran), le Golfe Persique au Sud-Ouest, le massif du Caucase au Nord-Ouest, la mer Noire au Nord et la mer Méditerranée à l’Est.

Lieux archéologiques importants du Proche-Orient

Un territoire divisé en deux zones d’importance, l’Anatolie et la Mésopotamie.

L’Anatolie est un mot d’origine grec, signifiant Orient et, de manière plus littérale, « lever (de soleil) ». Cette région qui couvre la zone la plus à l’Ouest de l’Asie, est parfois nommée Asie Mineure. Aujourd’hui, la Turquie couvre la quasi-totalité de cet espace. L’Anatolie est encadrée par la mer Noire au Nord, la mer Méditerranée au Sud. À l’Ouest le détroit du Bosphore, le détroit des Dardanelles, la mer Égée et la mer Marmara séparent le continent asiatique du continent européen. Cet espace est composé de nombreux reliefs, du Caucase au Taurus, mais malgré la dureté des sols, celui-ci est irrigué par de nombreux cours d’eau : le Méandre, l’Hermus, le Sangarius, l’Halys, et l’Iris.

Les restes archéologiques en Anatolie ne sont pas nombreux, en effet, la côte a énormément évolué déplaçant les eaux et parfois recouvrant des vestiges archéologiques. Néanmoins il est possible d’identifier les zones d’évolutions et d’exploitations humaines. Le plateau anatolien est surtout porté vers l’Est, vers le Proche-Orient. Les côtes sont consacrées à l’exploitation des ressources halieutiques et au commerce. Le Nord de l’Anatolie est peuplé par les Grecs, rattachant une partie de la région à la culture hellénique.

La Mésopotamie est l’espace le plus important du Proche-Orient, elle se situe « entre les deux fleuves », le Tigre (Est) et l’Euphrate (Ouest). Ces deux fleuves sont extrêmement importants pour la région, que ce soit économiquement ou religieusement. Dans les écrits bibliques (Ancien Testament, Nouveau Testament), l’Euphrate et le Tigre prennent leur source dans le Jardin d’Éden (ou aussi le Paradis).

« Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin, et, de là, il se divisait en quatre bras.

Le nom du premier est Pishôn ; c’est celui qui entoure tout le pays de Havilah, où se trouve l’or.

L’or de ce pays est pur ; on y trouve aussi le bdellium et la pierre d’onyx.

Le nom du second fleuve est Guihôn; c’est celui qui entoure tout le pays de Coush.

Le nom du troisième est Hiddèkel ; c’est celui qui coule à l’orient d’Ashour (l’Assyrie, donc le Tigre).

Le quatrième fleuve, c’est l’Euphrate. »

Genèse – II, 10, 4

Le Proche-Orient est lié à trois fleuves le Tigre, L’Euphrate et le Nil en Égypte. Des accidents géologiques permettent à l’Euphrate de ne pas se jeter dans le mer Méditerranée et donc de continuer à s’écouler dans une zone complètement désertique. Des crues importantes au printemps permettent une implantation durable des peuples sur l’ensemble de son pourtour, de plus, le fleuve est navigable. Le Tigre lui s’écoule dans un premier temps dans une zone très montagnarde, puis, dès l’entrée de l’Assyrie, il commence à s’écouler dans le désert permettant le même type d’implantation que le long du Nil ou de l’Euphrate. Le Tigre est néanmoins plus dangereux et moins propice à la navigation. Par exemple dans les plateaux babyloniens, il change régulièrement de cours à cause des crues. Les deux fleuves se rejoignent dans une zone très marécageuse au niveau du Golfe Persique. Ces deux fleuves permettent une implantation de l’homme très rapidement, grâce à l’installation notamment de canaux, qui permettent de faire de l’agriculture dans des zones où il pleut moins de 250 mm d’eau par an (le minimum pour faire de l’agriculture). Cette région voit l’apparition de puissantes Cités-États, mais peu d’unification. En effet, le territoire est entre deux zones d’influences : la Méditerranée et le Golfe Persique.

Le Proche-Orient est donc, en définitive, un espace complexe avec plusieurs grands ensembles comme la Mésopotamie ou l’Anatolie. Le Proche-Orient est, en plus de cela, relié à bon nombre d’espaces de transit, lieux de l’essor de nos civilisations, comme le Golfe Persique, l’Europe, l’Asie, l’Afrique. Le Proche-Orient est le carrefour de la vie, berceau de la civilisation urbaine et sédentaire.

Historiographie éparse et touchée par les sources indirectes

Le Proche-Orient a été, jusqu’au XIXe siècle, un territoire méconnu pour les savants. Très peu de sources directes ayant été trouvées, l’histoire du Proche-Orient reposait sur des sources indirectes des Égyptiens, des Grecs et des peuples avoisinants. Le territoire est lié à l’histoire biblique, rendant l’étude plus complexe, nécessitant de faire le tri entre réalité et mythe.

Dans l’Ancien Testament, l’histoire est décrite du côté juif, c’est une forme d’apologie des Hébreux face au monde hostile du Proche-Orient. Malgré tout, ces données et informations sont intéressantes et peuvent servir l’historiographie. Mais il ne faut pas oublier durant nos lectures que ce texte se rapproche plus d’une propagande hébraïque que d’un récit historique.

Les sources les plus nombreuses sont grecques, notamment d’Hérodote (480 – 425 av J-C) avec ses ouvrages Histoires. Cette série de livres traite des différents peuples du Proche-Orient et des Égyptiens (Livre I), des peuples du Proche-Orient avec les Perses (Livre II, III, IV). Cette collection comporte IX livres en tout, qui évoque par la suite des thématiques plus variées. Strabon (60 – 20 av J-C) est le deuxième auteur important pour comprendre ce territoire, son travail est condensé dans l’ouvrage Géographies. Il étudie l’ensemble des États sous la domination des Grecs et des Romains.

L’ensemble des recherches ne se limitent pas à l’étude des sources historiques, en effet, des archéologues ont également étudié les ruines et les vestiges antiques de cette région. De nombreuses villes ont été identifiées (tous les lieux archéologiques identifiés sur la carte précédente), des vestiges d’outils, d’ustensiles, de débris permettent de retracer le mode de vie des anciens habitants. Une différence notable est le manque de texte philosophiques et littéraires. En effet, parmi les vestiges retrouvés, ce sont surtout des récits de la vie quotidienne qui sont racontés.

L’écriture cunéiforme apparaît à Sumer, vers la fin du IVe millénaire, pour noter la langue sumérienne. Les documents les plus anciens ont été écrits en Mésopotamie du Sud, à Uruk, vers 3400-3200 av. J.-C. On appelle l’écriture de cette époque le « proto-cunéiforme », un système pictographique où les signes représentent des images. Au IIIe millénaire, les signes prennent la forme de clous, ce qui est lié au support et aux outils de l’écriture, car on écrivait sur des tablettes d’argile avec un stylet en roseau que l’on appelle « calame ». Il s’agit d’une schématisation de l’écriture. À partir de ce moment-là, on parle d’écriture « cunéiforme » proprement dit (du lat. cuneus « coin, clou »).

Briquel, D., & Briquel Chatonnet, F. (Eds.) 2015. Écriture et communication. Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques.

En France, le savant à qui on doit beaucoup sur notre compréhension du Proche-Orient est Ernest Renan (1823 – 1892). Il est archéologue et découvre le Proche-Orient grâce à une mission scientifique commanditée par Napoléon III. Il part pour Beyrouth, en actuel Liban. Son travail est lié au terrain, c’est un point important qu’il va intégrer dans les recherches historiques. En effet se fier à des sources est primordial, mais faire un lien entre le terrain et ses sources est un bon moyen de découvrir les erreurs, les approximations ou les oublis de l’auteur de ses sources. Ses recherches s’attachent à être au maximum laïque, point inévitablement bénéfique pour ses recherches à la vue de son implantation et des sources bibliques qu’il doit étudier. La France se voit être précurseur dans les fouilles archéologiques de la région, notamment à Ugarit et Mari en actuel Syrie, mais aussi en Irak à Girsou ou en Iran à Suse. Les résultats sont prometteurs et de nombreuses découvertes sont faites, les pays étrangers se lancent également dans l’exploration de ce territoire.

Les découvertes archéologiques et historiques vont être instrumentalisées par certains pays de la région. La Turquie va par exemple mettre en avant le lien entre Turcs et Hittites, en délaissant complètement l’histoire liée que possède le pays avec les Cités grecques. En Iran, sous la monarchie du Shāh, le roi célébrait les 2500 ans de l’Empire perse. Saddam Hussein en Irak a reconstruit Babylone pour faire le lien avec cette cité perdue.

Augustin.R

Augustin.R

Alternance chez CryptElite à Laval en tant que chargé de communication. Passionné de création sur WordPress et ancien étudiant à l'Université d'Angers en Histoire.

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