L’histoire au travers du roman national en France

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Photographie d'illustration du roman national

Aux sources du roman national, 1820 – 1830

Le « roman national » est le récit du passé, forgé pour développer le sentiment d’appartenance à une nation (en l’occurrence la France, mais c’est également le cas pour d’autres pays en Europe et dans le monde). Le « roman national » a des ingrédients constants. Il y a la mise en scène d’une origine commune (le mythe gaulois), d’événements glorieux communs, et enfin de héros nationaux (rois, chefs de guerres, artistes, scientifiques). Le « roman national » a été créé au XIXe siècle (1820 – 1830), avec l’objectif de faire circuler cette idée de nation importante, et d’histoire commune. Elle doit être développée et mise en avant à travers tout le territoire. Le « roman national » n’est bien évidemment pas le terme utilisé par les créateurs de cette notion, ce sont les détracteurs qui ont mis en place ce terme, après des analyses critiques.

L’histoire de France s’écrit à partir de 1820

Les historiens en 1820 pensent que l’histoire de la France n’a pas encore été écrite. Cette volonté apparaît au moment où la nation devient une nouvelle notion, permise par la Révolution françaises de 1789, notamment. La communauté qui compose ces nations et dont les membres sont liés par des affinités variables : ethniques, socio-culturelles (ex : langue, religion) et par des traditions, doit être consolidée par une histoire commune. L’enseignement de l’histoire est encore balbutiant, il y a quelques mentions de l’histoire dans les textes de la Restauration, mais encore très peu de programme fort existe avec la notion historique. C’est en 1860, avec la création du Second Empire, que l’histoire et la géographie deviennent obligatoires, mais c’est seulement en 1870 sous la IIIe République que cette règle rentre véritablement en application dans les salles de classe. De plus, à l’Université et au Lycée, l’histoire n’est encore que très peu présente et ce sont surtout des individus riches et privilégiés qui y ont accès.

Le « roman national » émerge avec l’envie de réaliser une genèse de l’histoire de France, elle commence à apparaître dans des manifestes. En 1820, ce sont des intellectuels qui en font la demande.

Le premier roman national des frères Thierry

La première histoire nationale est réalisée par les frères Thierry. Une science très rigoureuse, l’érudition devient à la mode, avec une histoire positiviste qui étudie des documents sources. Cette méthode est inspirée du système allemand, avec par exemple Monumenta Germaniae Historica en 1819, de l’Institut pour l’étude du Moyen Âge. Cette inspiration se retrouve en France en 1821, avec la fondation de l’École des Chartes (paléographie, éditions de sources). En 1820 Augustin Thierry explique ce fonctionnement dans le livre Lettres sur l’histoire de France. Il trouve que les « historiens » de l’époque avaient tendance à ne pas suivre parfaitement les sources, et donc à avoir des livres « historiques » falsifiant les faits réels. Les livres « historiques » sont souvent des romans, plus que des manuels fiables. Toutefois, il est à noter que les frères Thierry n’ont pas de formation historique, simplement parce que cette formation n’existe pas.

Dans le manifeste, Lettres sur l’Histoire de la France en 1820, est annoncé qu’il n’y a pas d’histoire de France et qu’aucun n’ouvrage n’a encore réalisé une telle histoire. « Nous n’avons point encore d’histoire de France – Augustin Thierry ». Des membres importants se reconnaissent dans ses écrits, de nombreuses parutions de chroniques et de manifestes ont lieu après la parution du manifeste d’Augustin Thierry.

Ainsi pour Augustin Thierry, il faut donner la parole au peuple, en arrêtant de faire l’histoire des grands hommes qui est déjà bien connue. L’histoire nationale implique de réhabiliter des époques entières, comme le Moyen-Âge, dès lors en 1820 -1830 les historiens se mettent à travailler sur cette période. Augustin Thierry se prend de passion pour la période mérovingienne. Il écrit et publie en 1833, Récits des temps mérovingiens. Dans cet ouvrage il s’applique à décrire au mieux les rois, mais surtout le reste de la population. Son œuvre Essai sur l’histoire de la formation et des progrès du Tiers-État en 1853 marque un lien entre les Francs et les Gaulois. La formation progressive de la nation à travers les siècles est bien sûr une manière politique de mener à un sentiment patriotique et nationaliste, de la nation présente et du peuple. Il trouve durant ses recherches de la matière pour légitimer les libéraux plutôt que les absolutistes. Il cherche à armer un discours historique contre le gouvernement. Il est très vite touché par la censure étatique. Dans le mouvement médiéval des communes, il trouve une ancienneté à la représentation du peuple auprès du gouvernement, ainsi bien avant la monarchie absolue, il y aurait eu une forme d’émancipation du Tiers-État vis-à-vis du gouvernement.

Après la révolution de juillet en 1830, ceux qui était les opposants libéraux d’hier (Augustin Thierry, par exemple) arrivent au pouvoir, ainsi il n’y a plus un roi de France, mais un roi des Français, roi de la nation, donc tout ça dans le sens du discours historique des libéraux. Ainsi il est possible maintenant d’écrire l’histoire comme le souhaitait Augustin Thierry en 1820. Le « roman national » est un discours historique, mais également un discours politique avec des idées très libérales.

Le mythe Gaulois, comme source du roman national

Les « ancêtres gaulois » sont développés et enseignés par le frère d’Augustin Thierry, Amédée Thierry. Il n’est pas le premier à évoquer cette idée. Dès le XVIe siècle, il y a des mouvements celtiques (celtomanie), avec une popularisation du terme de Gaule comme synonyme de la France. En opposition avec les Italiens qui font le lien avec les Romains, et pour les Allemands le lien avec les Francs. Au XVIe siècle, les Celtes sont un peuple anhistorique, il est alors facile de développer ce que l’on souhaite de ce peuple. Toutefois, le mythe Gaulois est très vite éclipsé, remplacé par les Francs, avec la naissance des rois de France, Clovis. Amédée Thierry s’insurge (dans : Lettres sur l’Histoire de France) de voir que l’on commence l’histoire de France par l’histoire des Francs. Il désire que l’étude de l’histoire de France ne se fasse plus via les règnes des rois, mais par les diversités régionales de la France.

La démarche des frères Thierry est problématisée, avec une approche archéologique. Il se pose la question de ce qu’est être Gaulois sous l’Empire romaine. Il étudie alors les sources écrites pour connaître la culture oubliée (habillement, armement, pratiques, usages etc.) des Gaulois. Amédée Thierry publie L’histoire des Gaulois depuis les temps les plus reculés jusqu’à l’entière soumission de la Gaule à la domination romaine. Il met en avant des personnages inconnus, comme Vercingétorix (il devient un héros des peuples et l’unificateur des Gaulois). Il met également en avant la grande importance de la guerre des Gaules (58-51 avant Jésus-Christ). Il utilise le récit de César, qu’il confronte aux récits de Plutarque. Amédée Thierry n’invente pas le récit de l’unification de la Gaule, il suit le récit de César, mais il brode énormément de choses pour romaniser l’histoire. L’entrée de nuit ou encore le replie sous forme de maquisard dans les montagnes n’existe pas dans les récits de César, c’est une invention d’Amédée Thierry. Le vocabulaire utilisé est très contemporain à Amédée Thierry et non à celle de Vercingétorix. Ainsi le soulèvement des Carnutes (52 avant Jésus-Christ) et l’entrée de Vercingétorix dans Gergovie sont les premiers événements utilisés pour rendre cette histoire mythique. La seconde est la défaite de Vercingétorix avec la reddition d’Alésia, qui est romanisée et mystifiée par Amédée Thierry. L’histoire de la Gaule est toujours représentée sous les lumières du combat politique des frères Thierry.

François Pascal Simon Gérard Le courage guerrier ou le courage Gaulois
François Pascal Simon Gérard
Le courage guerrier ou le courage Gaulois

Le récit d’Amédée Thierry donne un sens à la représentation visuelle de cette période. François Gérard dans son oeuvre picturale Le Courage guerrier ou le courage gaulois réalisé en 1830, sous la monarchie de juillet intègre les enseignements des frères Thierry dans sa représentation des Gaulois. Cette œuvre se trouve exposée à Versailles, en cohérence avec les principes de la révolution de juillet et la mise en avant du peuple, de la nation, du citoyen. Le Gaulois est représenté souvent dans la défaite, mais avec énormément de courage. C’est toujours la représentation que nous pouvons nous faire du Gaulois et une manière de penser en France.

À partir de 1860, les archéologues contestent la représentation des Gaulois par Amédée Thierry et donc celle de François Gérard. Vercingétorix est utilisé par tous les régimes politiques. Sous le Second Empire (Napoléon III), il est représenté par Aimé Millet avec une statue en bronze (de 7 mètres) situé au Mont-Auxois, à Alise-Sainte-Reine. La IIIe République réalise également avec Auguste Bartholdi en 1903, une importante statue à Clermont-Ferrand, avec une représentation de Vercingétorix victorieux à Gergovie en 52 avant Jésus-Christ.

Augustin.R

Augustin.R

Etudiant et alternant en Communication dans les Pays de la Loire. Un objectif : facilité l'utilisation du numérique pour les TPE et PME.

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