L’Égypte antique de l’Âge de Bronze à l’époque archaïque

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Photographie d'illustration sur l'histoire de l'Égypte Antique

L’Égypte antique est notre premier choix dans notre tour des grandes civilisations antiques.

Il est nécessaire de comprendre un certain nombre de notions pour pouvoir appréhender correctement la civilisation égyptienne. En effet, elle s’articule sur plusieurs millénaires et malgré l’histoire linéaire qui semble la définir, de nombreuses mutations s’opèrent. Les égyptologues sont les historiens spécialistes de cette période. Le terme égyptologie est large, il comprend certaines branches des sciences humaines (archéologie, histoire…). Ce champ d’études s’intéresse spécifiquement à l’Égypte et couvre habituellement les périodes pré-pharaoniques et antiques. Les Grecs et les Romains peuvent être considérés comme les premiers égyptologues, en effet, nombre d’informations, de documents et de sources proviennent de leurs traductions et de leurs études de l’Égypte Antique.

La fin du XVIIIeme siècle marque le début de l’égyptologie scientifique. Cette vague scientifique est provoquée par la guerre qui oppose la République française et l’Angleterre. La France lance une expédition militaire en Égypte pour bloquer la routes des Indes et attaquer les intérêts anglais en Orient. Napoléon Bonaparte – alors général – est à la tête de l’expédition. Il part de Toulon en 1798 avec 40 000 hommes, mais également 165 savants. Les savants ne sont pas présents dans un but culturel ou historique, mais pour permettre à l’armée de s’installer durablement sur le territoire. Le contingent arrive en Égypte dans la ville d’Alexandrie le 1er juillet 1798. Les connaissances de l’Égypte sont alors limités, mais déjà cette civilisation intrigue. Napoléon Bonaparte s’exprime de la sorte au pied des pyramides :

« Du haut de ces pyramides, quarante siècles d’histoire vous contemplent ». 

Pendant l’expédition les savants fondent l’Institut d’Égypte, qui a pour vocation de transmettre les idées des Lumières alors en vogue en Europe. L’objectif était d’apporter des techniques agricoles, architecturales, hygiéniques etc. Ils en ont profité pour étudier la nature égyptienne, l’architecture antique et tous les artefacts de cette ancienne civilisation. La France échoue à repousser les Anglais en Égypte et doivent en 1801 quitter le territoire tout en livrant les découvertes aux vainqueurs. Les œuvres se retrouvent au British Museum. Pourtant Jean François Champollion parvient grâce à une copie de la Pierre de Rosette à déchiffrer les hiéroglyphes en 1822. Cette découverte permet de sortir la civilisation égyptienne du mutisme qui la touche depuis au moins un millénaire.

Hiéroglyphes égyptiens, © Guillaume Blanchard, July 2004, Fujifilm S6900
Hiéroglyphes égyptiens, © Guillaume Blanchard, July 2004, Fujifilm S6900

L’une des écritures les plus complexes des grandes civilisations antiques

La Pierre de Rosette est un fragment de stèle gravée de l’Égypte antique portant trois versions d’un même texte. Elle a été découverte en juillet 1799 à Rosette dans le Delta du Nil. L’inscription qu’elle comporte est un décret promulgué à Memphis par le pharaon Ptolémée V en 196 avant Jésus-Christ. Il y a deux langues, de l’égyptien antique et du grec antique, en trois écritures, hiéroglyphe, démotique et alphabet grec, c’est une stèle plurilingue. Le texte est composé de caractères spéciaux de l’écriture égyptienne. Le cartouche par exemple qui se dit Shen en égyptien, fut utilisé à partir du roi Khéphren (IVe dynastie). Ce caractère permet de délimiter de façon visible le nom d’un pharaon dans une phrase, le cartouche fut un élément primordial dans le processus de déchiffrement des hiéroglyphes par Jean François Champollion. La compréhension des hiéroglyphes est capitale pour la compréhension de la civilisation égyptienne. En effet, ils sont présents dans tous les bâtiments religieux et politiques.

L’écriture égyptienne se divise en trois procédés de rédaction. Le premier est les hiéroglyphes, qui sont présents dans les temples, les bâtiments religieux et les bâtiments politiques. La compréhension de ces écrits est difficile pour nous, mais elle l’était également lors de leur construction. En effet, les hiéroglyphes sont compris par l’élite égyptienne. Le deuxième est l’écriture hiératique. Cette écriture se retrouve surtout dans les documents administratifs, elle est bien plus simple à écrire et à comprendre. Le troisième est le démotique, c’est une écriture surtout utilisée par la population. En effet le système d’écriture est simple et facile. Il est utilisé pour les documents administratifs, religieux et politique à l’attention du peuple. Le copte est une langue descendante de l’égyptien ancien dérivé du démotique et du grec ancien. Elle est la langue liturgique des chrétiens d’Égypte : les Coptes. Les principes de l’écriture hiéroglyphiques sont nombreux mais cohérents, ils utilisent très souvent des pictogrammes, ce sont des images stéréotypées, ils sont figuratifs ou symboliques, ils reproduisent le contenu d’un message sans se référer à sa forme linguistique. Elles utilisent également les idéogrammes (signes-mots), ce sont des symboles graphiques représentant un mot ou une idée, ou encore des phonogrammes (signes phonétiques),

Les écrits égyptiens sont transmis de plusieurs manières, sur des papyrus (un roseau triangulaire qui croît le long des rives du Nil). Il est très tôt utilisé par les Égyptiens. Il est utilisé comme support d’écriture, en partie parce qu’il se conserve très bien dans le climat égyptien. Ils peuvent également être transmis sur des ostraca, qui sont des tessons de poterie ou des éclats de calcaire utilisés comme support d’écriture. Les temples peuvent être vu comme des transmissions.

Le Nil source de vie en Égypte

Le Nil est le fleuve au cœur de la civilisation égyptienne, la vie ne serait pas possible pour eux sans lui. Leur vie se déroule donc tout naturellement autour de celui-ci. Le Nil symbolise la vie, le monde des vivants. A contrario, le désert lui symbolise la mort. Le fleuve est long de 6670 kilomètres, il est issu de la rencontre du Nil Blanc et du Nil Bleu. Le Nil blanc prend sa source dans le lac Victoria en Ouganda, Kenya et en Tanzanie. Le Nil Bleu est issu du lac Tana en Éthiopie. Ils se rejoignent à Khartoum au Soudan. Le Nil fait plus de 7 kilomètres de largeur à son point le plus large (près d’Edfou) et seulement 350 mètres de largeur au point le moins large (gorge de Silwa, près d’Assouan). La civilisation égyptienne se développe via la conquête de nouvelles cataractes. Les cataractes sont des rapides (un mélange entre chute d’eaux et rapides), elles sont dues à des encombrements rocheux dans le lit du fleuve. Elles sont au nombre de six, elles rendent difficile et dangereuse la navigation du fleuve sans pour autant l’interrompre.

Le Nil est au cœur de la cosmologie religieuse égyptienne par ses crues cycliques, il n’y a ni début, ni fin, simplement un recommencement perpétuel, comme le mode de vie et les croyances des Égyptiens. [C’est l’inverse de la théologie]. Ils personnifient les manifestations naturelles, ainsi Hâpy est la divinité personnifié des crues du Nil par exemple. Le Nil est également un moyen de communication entre la Basse-Égypte et la Haute-Égypte. Le Nil est donc bon, il nourrit les humains grâce aux crues qu’il provoque. En effet, les crues sont provoquées au moment de la sécheresse en Égypte, cela s’explique par le fait que l’eau des crues qui proviennent des plateaux de Nubie doit parcourir des milliers de kilomètres avant d’arriver sur le territoire égyptien. Le Nil est au centre de toutes les activités humaines, des outils sont spécialement conçus pour travailler avec les crues du Nil, comme le Shadouf (ou chadouf) qui était encore utilisé en Égypte avant la construction du barrage d’Assouan en 1960 et 1970. Ce barrage perturbe le fonctionnement naturel du fleuve, en effet, les crues du Nil ne peuvent plus apporter leur bénéfice à la terre. Le Nil était aussi pour les Égyptiens antiques destructeur, car ses crues rapides et violentes provoquaient des destructions et des disparitions chez les populations qui y vivaient.

Shaduf 2014 Cast brass 144x120x180 inches Matthew Barney
Shaduf 2014 Cast brass 144x120x180 inches Matthew Barney

L’Égypte un pays à la topographie atypique

Les territoires égyptiens antiques sont divisés en nomes, qui sont simplement des circonscriptions administratives, mais le territoire peut être divisé en quatre territoires bien distincts.

Le Delta qui représente 22 000 kilomètres carrés, soit 60 % des terres cultivables de l’Égypte Antique. Le Nil se divise en deux branches principales dans cette région, à 23 kilomètres au Nord du Caire. La branche qui part vers l’Ouest s’appelle la Branche de Rosette, l’autre qui part vers l’Est s’appelle la Branche de Damiette. Dans l’Antiquité il existait une dizaine de branches dans cette région. Le Nil a été considérablement asséché d’abord par la civilisation puis par la construction du barrage d’Assouan. Le Delta est une région marécageuse, la majorité des déplacements se font en barque. De nombreuses représentations mettent en scène des Égyptiens en train de chasser et de pêcher dans le Delta.

Le Fayoum, situé plus au sud-est à environ 80 kilomètres au sud du Caire actuel. C’est une vaste dépression naturelle dont le fond est occupé par un lac d’eau salée alimenté par les eaux du Bahr Youssouf. C’est une région marécageuse qui a été transformée sous le règne du pharaon Sésostris Ier, en oasis fertile qui a pu être mis en culture. Pour cela il a détourné le Nil. Il a également construit un barrage et un canal pour drainer le marais et alimenter le lac Mœris. Il a pour cela, fallu une très nombreuse main d’œuvre. Aujourd’hui le Fayoum n’est plus grand-chose depuis l’assèchement du Nil. Il est toujours possible de trouver des activités agricoles. Cet oasis est une victoire de la civilisation sur le désert.

Le désert occidental, occupe 681 000 kilomètres carrés de l’État égyptien actuel (soit les deux tiers du pays), le désert est aride et monotone, marqué au nord par la dépression de Qattarah (-137 mètres), au sud par le massif montagneux du Gebel Ouweinat, qui culmine à 1934 mètres. Ce désert est également marqué par la présence de plusieurs oasis, comme le Siouha – c’est dans le temple d’Amon dans l’oasis de Siwa (Siouha), que l’un des célèbres oracles de l’Antiquité méditerranéenne a été questionné par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C. L’oracle l’aurait confirmé comme descendant direct du dieu Amon, le confortant dans son statut de pharaon -, Bahareya, Farafra, Dakhla ou encore Kharga. Les oasis sont très vites mis en valeur par les Égyptiens, comme dans l’oasis de Dakhla, ou se trouve le palais des gouverneurs de la VIe dynastie (c. 2300-2100 avant Jésus-Christ).

Le désert oriental est montagneux, d’une altitude moyenne de 500 à 1000 milles mètres, avec des sommets à plus de 2000 mètres. Il y a 380 kilomètres du nord au sud, il fait 60 000 kilomètres de superficie, le plus haut sommet culmine à 2600 mètres (le mont Sainte-Catherine), c’est également une zone de contact avec le Proche-Orient au nord. Il est la zone où se trouve l’essentiel des ressources minières des anciens Égyptiens. Dans le Sud-Sinaï, il est possible de trouver du cuivre et des turquoises, à Ouadi um Balad du cuivre également, à Gebel Zeit du plomb et du galène, à Ouadi Hammamat du grauwacke et de l’or, à Ouadi el-Hudi des améthystes et enfin en Basse-Nubie de l’or, l’Égypte est la première réserve d’or de l’Antiquité.

La dualité des espaces et du pouvoir

La différentiation entre la Haute et la Basse Égypte n’est pas simplement géographique, le pouvoir n’est pas le même. La représentation du pouvoir en Basse-Égypte ce fait avec la Couronne Rouge et en Haute-Égypte avec la Couronne blanche. Le Pschent est l’enchâssement de deux couronnes et signifie que l’Égypte est unifiée.

L’unité entre les deux couronnes n’est pas traditionnelle. La Haute-Égypte est tournée vers le sud, la Basse-Égypte elle est tournée vers le Proche-Orient. L’unification de ces deux unités est stratégique, économique et sociale. La Basse-Égypte possède de fortes importations de bois, d’étains [essentiel pour la fabrication du bronze], de cuivres et de pierres précieuses comme le lapis-lazuli. En Haute-Égypte, il y a beaucoup d’obsidienne et d’or. Pour ses différentes raisons, elles sont cherchées à s’unifier très rapidement, mais les symboles monarchiques les différenciant sont restées très forts, avec par exemple la différence de couronne entre la Haute et Basse-Égypte. La palette de Narmer (XXXIIe ou XXXIe  siècle avant Jésus-Christ) montre déjà les différentes couronnes. L’unification de celle-ci, c’est un symbole de la puissance pharaonique, réussir à unifier les deux Égypte, les « Deux-Terres ». Entre ces deux blocs, il existe également une troisième zone, appelée le Moyenne-Égypte, elle ne rentre pas dans la place binaire de l’Égypte, cette zone n’a pas de pouvoir politique, ni de couronne.

Dans la titulaire du roi, nous apprenons qu’il est l’unificateur des Deux-Terres, cette terminologie nous est expliquée dans différentes représentations : La Statue de Sésostris 1er (Moyen-Empire, XIIeme dynastie, XXe siècle avant Jésus-Christ), représente l’union des Deux-Terres (Sema-taouy), l’iconographie appuie son propos sur deux plantes, le papyrus qui est maintenu par Horus, le dieu relié à la Basse-Égypte, et de l’autre la fleur de lys ou de bananier ou de lotus qui est maintenu par Seth le dieu relié à la Haute-Égypte, les deux plantes s’entrelacent autour de la trachée, l’artère, qui donne la vie au corps (Sema) et cela nous fait comprendre le symbole de l’unification des Deux-Terres. Le temple de Karnak est un autre exemple de l’unification des Haute et Basse Égypte (Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, XVe avant Jésus-Christ). Une représentation de papyrus et de la fleur de lys (ou de bananier ou de lotus) apporte la même représentation que l’exemple précédent.

AttributsHaute-ÉgypteBasse-Égypte
CouronneBlanche (Oblongue)Rouge (À fond plat)
PlanteLys, bananier ou lotusPapyrus
DéesseNekhbet (Vautour/El-Kab)Ouadjet (Serpent)
DieuSeth (Désert)Horus (Vallée)

Il est également possible de trouver des représentations du couronnement des pharaons ou la déesse Ouadjet, déesse cobra protectrice de la Basse-Égypte portant la Couronne Rouge, et Nekhbet la déesse protectrice de la Haute-Égypte portant la Couronne Blanche, donnent le Pschent, la couronne fusionnée des deux Égypte aux pharaons. Le Pschent est la combinaison entre les deux couronnes.

La vision de l’Égypte est une dualité, la civilisation contre la sauvagerie, la vie contre la mort… Le Pharaon est garant du territoire, mais il est également le gardien de la Maat, (le bien et le mal, l’ordre et le chaos…), il possède une dimension religieuse.

La division du pouvoir se trouve aussi dans la conception du territoire géographique de l’Égypte « les Deux Rives ». La rive droite, l’Orient (soleil levant), c’est le monde des vivants, puis il y a la rive gauche, l’Occident (soleil couchant), c’est le monde des morts. Il n’y a pas beaucoup de dichotomie semblable dans d’autres civilisations. Les villes sont donc construites sur la rives droite dans le monde des vivants. Il existe des exceptions comme le village des ouvriers près de la Vallée des Rois. Les nécropoles sont construites a contrario sur la rive gauche dans le monde des morts. Ains, Thèbes se développe sur la rive Est (rive droite, monde des vivants), tant dit que la Vallée des Rois se trouve sur la rive Ouest (rive gauche, monde des morts) par exemple. Cette division territoriale se développe également entre les zones fertiles et infertiles. Kemet et Desheret aussi appelé « La Noire et la Rouge », Kemet (La Noire) est la vallée fertile, la couleur noire du limon déposée lors des crues du Nil a ainsi donné ce nom, c’est un lieu de vie. Desheret (La Rouge) symbolise le désert, les zones sont stériles et inhospitalières pour l’homme. Cette terminologie est également utilisée pour représenter la civilisation (Noire) et les monstres (Rouge).

Notre épisode suivant : La civilisation égyptienne et sa longue chronologie

Bibliographie

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Moreno García, J. (2014). L’organisation sociale de l’agriculture pharaonique: Quelques cas d’étude. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 69e année(1), 39-74. doi:10.3917/anna.691.0039.

Catherine Miller, « Les langues de l’Égypte antique », Égypte/Monde arabe,Première série, 27-28 | 1996, mis en ligne le 08 juillet 2008, consulté le 1 mars 2020. URL : http://journals.openedition.org/ema/1029 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ema.1029

Winand, J. (2017). Chapitre 1. Les fondements d’un État de trois mille ans. Dans : , J. Winand, Une histoire personnelle des pharaons (pp. 7-79). Paris cedex 14, France: Presses Universitaires de France.

Augustin.R

Augustin.R

Etudiant et alternant en Communication dans les Pays de la Loire. Un objectif : facilité l'utilisation du numérique pour les TPE et PME.

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