L’histoire du Moyen Orient (XIXe – XXe siècle)

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Photographie d'illustration de l'évolution du Moyen Orient au cours du XIX et du XXe siècle

Le Moyen Orient, une notion complexe aux interprétations diverses.

Le Moyen Orient est une expression qui n’existe pas au XIXe siècle. Le terme utilisé est l’Orient.  À cette période le territoire est dominé par l’Empire ottoman, qui est en désagrégation. L’Empire est nommé « l’Homme malade de l’Europe ». L’amiral Alfred Mahan, militaire américain, est le premier en 1902, à utiliser l’expression « Middle East ». Cet amiral est considéré comme l’un des pères de la géopolitique. Il lie la puissance d’un pays aux mers. Il est important de maîtriser les mers, à l’instar de la Grande Bretagne. Au début du XXe siècle, cette expression du « Middle East » s’impose. C’est l’espace situé entre un « Near East », et un « Far East ». Le Moyen Orient est situé entre le Proche Orient et l’extrême Orient. Le Moyen Orient est caractérisé « comme l’ensemble des territoires qui protègent l’Empire anglo-indien face aux menaces ottomanes, russes, françaises ou allemandes ». Le Moyen Orient est une invention anglo-saxonne, qui correspond à la vision impérialiste des Britanniques de cette période.

Les Français ont une autre vision du « Middle East », avec le Proche Orient, qui est appelé également le Levant. Depuis le Moyen-Âge les Français sont intéressés par le Levant, et se mettent comme protecteurs des chrétiens du Levant, que ce soit sous la monarchie, l’Empire de Napoléon, ou la IIIème République. La France garde l’idée qu’elle a un rôle à jouer au Moyen Orient. La IIIème République a une politique laïque au sein de son territoire, alors qu’en dehors elle soutient les missions religieuses. Le Proche Orient et le Moyen Orient sont des expressions européennes qui montrent les intentions de la Grande Bretagne et de la France sur ce territoire.
Finalement, l’Orient est un territoire aux géométries variables, où s’intègre plusieurs pays qui peuvent être en nombre restreint ou en grand nombre et prendre en compte le Maghreb jusqu’à l’Afghanistan.

Carte du Moyen Orient au début du XXe siècle
Carte du Moyen Orient au début du XXe siècle

Révolution dans l’Empire Ottoman au XIXe siècle.

L’Empire ottoman se développe à partir d’une petite principauté de l’Anatolie (Asie Mineure) entre le XIIIe siècle et le XIVe siècle. Cette principauté contrôle aussi bien des territoires de l’Anatolie que de l’Europe baltique. Cet empire est nommé, l’Empire des trois mers et des trois continents. Il est doté d’un État bien structuré, avec un ensemble organisé et institutionnalisé. Cependant sa structure est assez variable et son autorité aussi. Par exemple, la ville d’Alger se trouve loin du centre de pouvoir, qui est la ville de Constantinople. C’est aussi un Empire multinational, multiethnique. Les populations, les religions sont très diversifiées dans l’Empire.

À la fin du XIXe siècle, et au début XXe siècle, l’Empire ottoman perd ses possessions balkaniques, autrement appelées la Roumélie. Des territoires gagnent leur autonomie et deviennent indépendants. En 1913, il n’y a plus qu’une petite partie de l’Empire ottoman en Europe. En 1882, les Britanniques s’imposent de fait en Égypte, qui est perdue par l’Empire ottoman. En 1830, la France débute l’invasion de l’Algérie qui se détache de l’Empire ottoman. Au début du XIXe siècle, l’Empire ottoman est beaucoup moins diversifié, et davantage replié sur l’Asie Mineure. Il est nommé « l’homme malade de l’Europe » et beaucoup de pays veulent l’héritage de cet imposant empire : Grande Bretagne, France, Russie… Ceci est visible en Anatolie. Au début du XXe siècle la France, l’Allemagne, la Russie et la Grande Bretagne se partagent le territoire ottoman notamment pour les chemins de fer. L’Empire devient dépendant des aux autres puissances.

Il faut commencer notre étude, à partir de l’année 1876 qui est une date charnière pour l’Empire ottoman. En une année se succèdent 3 empereurs. Le dernier, Abdulhamid II, prend place sur le trône, mais cet empereur est fragilisé. Il hérite d’une politique menée depuis 1839, qui est appelée Tanzimat (l’ère des réformes). Il s’agit de sauver l’État qui est en déclin, l’objectif est de le moderniser. L’exemple est pris sur les États européens en plein développement, avec la révolution industrielle. Cette ère Tanzimat est apparue comme la dernière chance de sauver l’Empire ottoman. L’année 1876, dans un contexte troublé de succession, marque l’apogée des Tanzimat puisque Abdulhamid II accepte une Constitution. Cette dernière met en place un Parlement. Cette nouvelle institution est dans la lignée directe des mouvements libéraux du XVIIIe siècle. Cependant cette structure complexe ne dure pas dans le temps, car dès 1878, Abdulhamid II supprime la Constitution et donc le Parlement. Il reprend en main l’Empire avec la mise en place d’une autocratie. Il réactive la toute-puissance du Sultan (empereur), mais s’appuie aussi beaucoup sur le Calife (chef de l’Ummat). C’est par une fonction temporelle et spirituelle qu’il appuie son pouvoir.

L’Empire ottoman s’appuie sur le système des millets, qui ont une relative « autonomie ». Les Arméniens ont par exemple leur propre fonctionnement. Les Grecs Pontiques (orthodoxes) ont aussi leur fonctionnement. Cependant ce système des millets est en crise sous Abdulhamid II, car avec le pouvoir califal, il développe une politique panislamique (l’idée est d’imposer l’Islam comme norme). Cette dernière est un moyen de resserrer les rangs entre Turcs et Arabes, via la religion.

Abdulhamid II a donc une politique sévère envers les populations non musulmanes. En Occident, il a l’image d’un homme autocrate, très violent envers les non musulmans. Il est vrai que les Arméniens deviennent l’une des cibles principales du Sultan. Les Arméniens sont chrétiens, ils ont une langue et une culture différentes. Pour Abdulhamid II, ces derniers sont les ennemis intérieurs de l’Empire. Il essaie donc de pousser une minorité à se battre contre une autre minorité. C’est une manière de trouver des boucs émissaires, c’est une technique particulièrement utilisée dans les régimes autoritaires (les Juifs pour les Nazi…)

À l’Est, se trouvent les Kurdes, ils ont une identité et une histoire particulière. Cependant ces Kurdes sont musulmans. À cette époque le Sultan s’appuie sur les Kurdes pour lutter contre les Arméniens. En 1891, il crée des régiments kurdes. L’armée ottomane plus les régiments kurdes se déchaînent sur les Arméniens. En 1895, ils font de grands massacres d’Arméniens, ce sont les pogroms. Les estimations sur le nombre d’Arméniens massacrés sont entre 100.000 à 200.000 durant cette période. Certaines autres minorités chrétiennes sont aussi touchées, comme les Assyriens dont près de 100.000 auraient été massacrés. Ces massacres ont un écot important en Europe et notamment en France.

Régiments Kurdes (Hamidiés) créés en 1891
Régiments Kurdes (Hamidiés) créés en 1891

Les « Jeunes-Turcs » au Moyen Orient

Ces agissements provoquent des réactions internes. À partir des années 1880-90 le mouvement des « Jeunes Turcs » se développe en opposition au Sultan. Ce mouvement est libéral au sens européen. Les Jeunes-Turcs parlent d’égalité, de protection des minorités, de faire des réformes en s’appuyant sur des idées extérieures comme avec l’ère Meiji du Japon. Cette dernière mélange un Japon moderne plus libéral avec un Japon traditionnel dans la culture (à transposer sur le traditionnel musulman et Turc). Ahmed Riza est l’un des plus grands porte-parole du mouvement « Jeunes-Turcs ». Pour lui il est nécessaire de se moderniser et de s’ouvrir au monde, mais il est nécessaire aussi de garder l’âme ottomane, sans forcément prendre en compte l’Islam. L’âme ottomane c’est d’abord la culture et la langue (mais les minorités ont les leurs et pourtant ils veulent les protéger).

Ces « Jeunes Turcs » sont des intellectuels travaillant dans les journaux, ou qui sont en exil ou en études à l’étranger. Ce mouvement, en convainquant des couches de plus en plus importantes dans les villes, réussit à s’emparer du pouvoir au cours d’une révolution en 1908. Cette révolution prend comme exemple la révolution de 1848. Les « Jeunes Turcs » qualifient leur révolution comme une « Révolution française en Orient ». Leur slogan est « liberté, égalité, fraternité, justice ».  Cette idéologie est assumée par le mouvement. En 1912 arrive au pouvoir la Troïka : Enver Pacha, Talaat Pacha, et Djemal Pacha. Ils affirment par la force leur pouvoir. Le CUP (Communauté Union et Progrès) devient le parti unique, et ses jeunes Turcs se lancent dans une politique de turcifiquation. Pour eux l’Empire ottoman est essentiellement Turc. Il n’est plus question de donner de l’autonomie aux minorités. Le mouvement ne veut par reconnaitre les Kurdes comme des Turcs. C’est le début d’une période trouble en contradiction avec les idées novatrices du mouvement à ces débuts.

Des mutations au sein de la religion, des ethnies…

Dans cet Empire ottoman, il y a d’importantes populations arabes sous la domination turque. Être Arabe à la fin du XIXe siècle dans l’Empire ottoman, c’est avoir un ancêtre venu de la péninsule arabique. L’arabisme c’est la revendication de l’arabité. L’arabisme est un mouvement. Cette revendication passe par un mouvement qui est nommé la Nahda. Ce mouvement est en totale renaissance à la fin du XIXe siècle, que ce soit par la langue ou la culture.  Il est possible d’être Arabe sans être musulman à la fin du XIXe siècle. La question de la religion est importante, pour le cas de l’Islam, celle-ci est réformée, c’est ce qui est appelé l’islamisme. Certains pensent qu’il faut revenir à l’Islam des Salafs (Islam de Mahomet). Parmi ces réformateurs, il y a par exemple, Qasim Amin, qui prône à un retour à l’Islam où les femmes étaient davantage considérées.

Ces Arabes qui sont dominés réfléchissent à la manière dont ils peuvent revendiquer leur arabité, et leur réforme de l’Islam. Pour eux, les Turcs ont quitté l’Islam traditionnel.

La révolution jeune-turque de 1908 Lithographie de S. Christidis (1908)
La révolution jeune-turque de 1908 Lithographie de S. Christidis (1908)
Augustin.R

Augustin.R

Etudiant et alternant en Communication dans les Pays de la Loire. Un objectif : facilité l'utilisation du numérique pour les TPE et PME. Ancien étudiant en histoire à l'Université d'Angers

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