Non catholique à l’époque des Lumières en France

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Iconographie d'illustration pour les non catholique à l'époque des lumières

L’époque moderne est marquée par d’importantes crises religieuses en Europe. Les non catholiques en sont la cible.

Depuis les années 1660, de nombreuses lois sont promulguées pour marginaliser les huguenots[1] dans le royaume de France. Les deux documents suivants mettent en exergue cette réalité. Nous avons dans notre corpus, deux documents. Le premier est un roman historique et un conte philosophique, tandis que le second est un registre des permis d’inhumer, qui s’intègre dans la documentation administrative du royaume de France. Le premier document a été rédigé par Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne. L’auteur est protestant, son père est un pasteur dans le Bas-Languedoc. Il réalise des études théologie et de droit à Lausanne en actuelle Suisse. Il devient avocat et se bat au cours de sa vie pour faire obtenir davantage de droits juridiques aux protestants. Ainsi, il rencontre dans le cadre de sa lutte, le marquis de La Fayette, le ministre de Louis XVI. Il devient également pasteur à Nîmes. Le second document est un document administratif qui n’a pas pour vocation d’être reconnu par un quelconque auteur, mais nous pouvons considérer qu’un greffier réalise la retranscription de la séance à la Chambre du conseil, ou bien le résumé de la séance, afin de maintenir un suivi des inhumations des personnes condamnées. Le premier document connaît plusieurs publications, la première étant en 1779. L’œuvre est publiée clandestinement à Londres, sous le pseudonyme W. Jesterman. Il s’adresse largement aux catholiques pour évoquer l’absurdité des lois françaises contre les huguenots. Dans notre cas, l’œuvre de Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne est regroupée dans l’ouvrage de Céline Borello, une historienne française spécialisée dans le protestantisme. L’ouvrage de cette historienne regroupe Le Vieux Cévenol, aussi appelé anecdotes de la vie d’Ambroise Borély, mais également des sermons que Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne rédige depuis 1765 et qui ont pour objectif d’expliquer les Écritures[2]. Le second document a été réalisé entre le 20 janvier 1737 et le 19 septembre 1750. Il n’a pas fondamentalement de destinataire, il permet surtout de maintenir un suivi, un historique des événements, des archives. Cette procédure fait suite à la déclaration du roi du 9 mai 1736, qui réglemente l’inhumation pour les non catholiques.

Les deux documents possèdent des contextes légèrement différents, étant donné que quelques décennies les séparent ; pour autant la thématique est la même, la persécution des protestants et également la persécution des non catholiques. La France, depuis l’Édit de Fontainebleau du 18 octobre 1685, interdit le protestantisme dans le royaume (sauf l’Alsace). Cet édit révoque l’Édit de Nantes, qui lui tolérait le protestantisme. Dès lors s’engage la période de l’« Église sous la Croix ». Cette période voit la réorganisation de l’Église protestante et de tous les autres cultes en règle générale, afin qu’ils puissent continuer à survivre dans un royaume qui ne les accepte plus. Cette période fait référence au Désert, allusion à Moïse et au peuple d’Israël qui errait en Égypte. Les protestants et les non catholiques réalisent dès lors leur culte dans la plus grande discrétion pour ne pas être persécutés par les catholiques et la justice. L’Église catholique lance par la même occasion des missionnaires et des prélats pour évangéliser les populations non catholiques et les protestants. Un sursaut de persécutions est lancé par Louis XV le 14 mai 1724, qui impose d’instruire tous les enfants au catholicisme, tout en renforçant les réformes antiprotestantes[3]. Ainsi, les protestants peuvent être condamnés à mort, aux galères[4] ou bien envoyés en prison. Le XVIIIe siècle voit un changement fort dans les pensées en Europe et en France, ainsi, de nouvelles idées s’amorcent et le comportement de l’Église vis-à-vis des populations évolue. Les penseurs français ont de multiples revendications, mais l’une d’elles est particulièrement intéressante pour notre sujet ; la fin de l’intolérance religieuse, avec le désir de pouvoir exprimer sa foi religieuse, même si elle est différente de celle de l’État. L’ensemble du dialogue qui se développe entre le jésuite et le maître de maison est impacté par ces nouvelles idées. Le maître de maison semble prendre le parti des idées des lumières, tandis que le jésuite incarne l’Église et les principes qui sont critiqués. Le premier document est le récit des événements qu’Ambroise observe lors de son retour à son domicile. Il découvre un homme qui n’a pas souhaité réaliser les sacrements catholiques avant son décès. L’individu connaît un terrible sort, il est trainé sur la claie et malmené par la population. Ambroise, après avoir été reconnu, est obligé de se réfugier dans une maison. Dès lors, il entend une discussion entre le maitre de maison et un jésuite. Le maître de maison ne comprend pas la cruauté qui est faite au non catholique et demande s’il n’y a pas d’autres alternatives, ce que le jésuite s’empresse de nier. Le second document évoque l’inhumation de deux corps, via l’autorisation effectuée à Bordeaux, par la Chambre du conseil, les 20 et 29 janvier 1737. Le XVIIIe siècle est marqué par le renforcement des persécutions contre les protestants.

Les catholiques lancent en parallèle des persécutions, des vagues de conversion sur les populations protestantes et non catholiques, parfois de manière forcée. Ainsi, comment ces deux documents expriment-ils – par l’intermédiaire de deux sujets différents, les protestants et les non catholiques – le combat vain de persécutions que mène l’Église catholique dans cette surenchère de violence et l’hypocrisie qu’est prête à installer l’Église catholique pour gonfler le nombre de ses fidèles ?


[1] Protestant calviniste selon le CNRTL

[2] Les livres Saints

[3] Raoul Stéphan, Histoire du protestantisme français, 1961, club des libraires de France.

[4] Peine de ceux qui étaient condamnés à ramer sur les galères de l’État, selon le CNRTL

Bibliographie

Bordeaux GG 866 – Non catholiques. Registre des permis d’inhumer (20 janvier 1737 – 16 septembre 1750) :
http://archives.bordeaux-metropole.fr/ark:/75241/vta5c2ebfdb0bdb5/daogrp/0#id:971459489?center=1053.5,-1529.5

Céline Borello, Du Désert au Royaume. Parole publique et écriture protestante (1765-1788). Édition critique du Vieux Cévenol et de sermons de Rabaut Saint-Étienne, Préface de Philippe Joutard, Paris, Honoré Champion, coll. « Vie des Huguenots, 65 », 2013, 408 p.

Méthivier Hubert, « Le Roi très Chrétien : L’absolutisme religieux », dans : Hubert Méthivier éd., Le siècle de Louis XIV. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », 1995, p. 76-87

Th. Van Deursen, Professions et métiers interdits. Un aspect de l’histoire de la révocation de l’Édit de Nantes, Groningue, J. B. Wolters, 1960.

Dinet, Dominique. « La ferveur religieuse dans la France du XVIIIe siècle ». Revue d’histoire de l’Église de France, vol. 79, no 203, 1993, p. 275‑99.

Yves Krumenacker, « L’histoire du protestantisme dans les mémoires d’étudiants à Lyon », Chrétiens et sociétés, 16 | 2009, 97-16.

Typhaine Couret, « Les cimetières familiaux protestants », Chrétiens et sociétés, 23 | -1, 163-183.

Chaunu, Huguette. « Le Mariage Civil Des Protestants Au XVIII e Siècle et Les Origines de l’état Civil ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 5, no 3, septembre 1950, p. 341‑43.

« Les nouveaux convertis ». Musée protestant, https://www.museeprotestant.org/notice/les-nouveaux-convertis/. Consulté le 17 novembre 2019.

Augustin.R

Augustin.R

Etudiant et alternant en Communication dans les Pays de la Loire. Un objectif : facilité l'utilisation du numérique pour les TPE et PME.

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