Le Rescrit d’Hispellum est un texte atypique de Constantin

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Photographie d'illustration du Rescrit d'Hispellum

La nature du Rescrit d’Hispellum est complexe

Constantin devient empereur en 306. Les premières années de son règne sont partagées avec plusieurs autres empereurs, jusqu’à sept. Une lutte entre les empereurs s’engage alors. Constantin se place comme le libérateur des chrétiens face à Licinius, un autre empereur, qui met en place une politique d’oppression. À la fin de l’année 324, Constantin Ier devient le seul empereur à gouverner l’Empire romain, avec l’aide de césars, qui sont ses fils et ses neveux. Il lance de grandes réformes entre 324 et 337, avec par exemple la construction d’une nouvelle capitale, Constantinople, qui devient un symbole pour les chrétiens, car l’ensemble des édifices religieux sont chrétiens. Il réforme l’administration qui n’avait pas évolué depuis le Haut-Empire romain. Constantin harmonise le rang social de l’élite de l’Empire, pour garantir une certaine stabilité. De plus, il accorde au Sénat davantage de confiance, sans pour autant leur donner le pouvoir qu’il a perdu. Ainsi, il continu à apporter des changements dans l’Empire avec des réformes économiques et législatives. Constantin s’illustre des autres empereurs pour sa conversion au christianisme. Cela commence en 312 après sa victoire contre l’empereur Maxence où un chrisme[1] serait apparu dans le ciel et l’empereur aurait vu le Christ dans ses songes. Ainsi, il appose un labarum[2] sur ses étendards et un chrisme sur les boucliers de ses légions. En 313, lors du partage de l’Empire entre Constantin Ier et Licinius, l’édit de Milan est conclu entre les deux empereurs. Cet édit permet la tolérance religieuse et la légalité donc du christianisme. Enfin, l’empereur se convertit au christianisme. Les sources annoncent plusieurs dates (312, 326) et plusieurs raisons à cette conversion (mort de son fils, appât du gain…). Dans tous les cas, l’empereur mène une politique favorable aux chrétiens pendant son règne, sans pour autant persécuter les pratiquants du paganisme romain, pour lui, l’essentiel est l’unité de l’Empire. Les populations chrétiennes sont toujours inégalement situées dans l’Empire, avec une présence plus forte en Orient et en Afrique. Le reste est encore très en phase avec le paganisme. Dans notre cas l’Ombrie cristallise notre commentaire, c’est une région italienne non loin du Latium (région qui inclut la ville de Rome). Le Rescrit d’Hispellum est visible dans la ville de Spello, l’ancienne Hispellum. Elle a été découverte par Theodor Mommsen en 1733. Un historien allemand spécialiste de la Rome antique.

Un rescrit est une « réponse de l’empereur à un gouverneur de province, à un juge ou à un particulier qui le consultent sur un point de droit.[3] ». C’est un document administratif qui fait acte d’autorité impériale. Il existe quatre catégories de rescrits : les decreta qui sont des jugements rendus par l’empereur ; les edicta qui sont informations adressées au public ; les rescripta qui sont des réponses adressées à des magistrats ou à des particuliers ; les mandata qui sont des instructions adressées à des fonctionnaires. Il est possible également de différencier les rescrits en deux catégories, ceux qui sont en réponse à des particuliers les subscriptiones et ceux qui sont en réponse à des fonctionnaires les epistulae. Les réponses adressées à des particuliers étaient le plus souvent gravées. Il était indiqué en brut la pétition et la réponse de l’empereur. De cette manière personne ne pouvait venir contester la décision prise, mais également pour montrer les faveurs accordées par l’empereur. Dans notre cas, c’est bien un subscriptio, car l’empereur répond à une pétition, mais la pétition en elle-même n’a pas été gravée, il n’y a que la réponde de l’empereur. Les destinataires de cette pétition seraient possiblement les Ombriens. Ils désirent davantage d’autonomie par l’intermédiaire de la ville d’Hispellum. Ainsi, les Ombriens pétitionnaires pourraient être les représentants des plus grandes villes d’Ombrie, qui formulent la création d’un centre d’importance dans la ville d’Hispellum[4]. La date est déjà plus complexe à trouver, car comme le destinataire, elle n’est pas clairement évoquée. C’est deux manques sont relativement étrange pour un texte du genre, étant donné que c’est la norme d’indiquer ces informations. Ainsi, nous pouvons soulever trois hypothèses pour la date possible du rescrit. La première est formulée par Theodor Mommsen, un historien Allemand du XIXe siècle. Il considère que si la formulation « nobilissimi Caesares » n’est pas présente devant le nom de tous les enfants de Constantin, c’est parce que tous ses fils ne le sont pas encore, ainsi Constantin le jeune l’est depuis 317, Constance depuis 324, Constant depuis 333 et Crispus meurt lui en 326, ainsi il place le document entre 326 et 333, mais lui-même affirme que son explication est incertaine, en indiquant les dates 326 à 337 comme probables également. Son hypothèse est contredite par un épigraphe et historien allemand Hermann Dessau, de la fin du XIXe et du début du XXe siècles. Il affirme plutôt que l’absence de la mention « nobilissimi Caesares » est simplement un manque du lapicide en charge de la stèle. Il considère que le document date d’entre la promulgation de Constant au poste de César le 25 décembre 333 et la mort de Constantin le 22 mai 337. Enfin nous pourrions également faire référence aux travaux de Gascou Jacques qui évoque des dates allant soit de quelques que moi avant la mort de Constantin, ou bien de la période d’interrègne. Dans tous les cas, le document évolue entre 326 et 337. Le document commence par présenter les auteurs, puis il est déroulé toute l’attention que porte les auteurs aux cités de l’Empire, il suit un résumé de la requête initiale formulée dans la pétition, enfin les auteurs (Constantin et ses fils) expriment leur réponse, c’est-à-dire leur accord à la requête formulée.

Ainsi le Rescrit d’Hispellum soulève de nombreuses questions vis-à-vis d’un retour au culte impérial, au paganise, mais nous pourrions nous limiter à celle-ci : En quoi le Rescrit d’Hispellum semble être un paradoxe, permettant un retour au culte impérial, alors que l’empereur s’est converti au christianisme ?


[1] Monograme du Christ ; définition du CNRTL

[2] Étendard impérial romain sur lequel figure une croix et le monogramme du Christ, adopté à la suite d’une vision prémonitoire que Constantin aurait eue de sa victoire sur Maxence ; définition du CNRTL

[3] Définition en provenance du CNRTL

[4] Selon Gascou Jacques. Le rescrit d’Hispellum. In: Mélanges d’archéologie et d’histoire T. 79, 1967. pp. 626-628

Bibliographie

J.-M. Mayeur, Ch. et L. Pietri, A. Vauchez, M. Vénard (dir.), Histoire du Christianisme, t. 2, Naissance d’une chrétienté (250-430), Paris, 1995, et t. 3, Les Églises d’Orient et d’Occident (432-610), Paris, 1998.

CI, Lepelley, « Permanences de la cité classique et archaïsmes municipaux en Italie au Bas-Empire », In Institutions, société et vie politique dans l’Empire romain au IVe siècle, Rome, Collection de l’École Française de Rome, 1992, pp. 353-371

Benoist, Stéphane. Rome, le prince et la Cité. Pouvoir impérial et cérémonies publiques (Ier siècle av. – début du IVe siècle apr. J.-C.). Presses Universitaires de France, 2005

Gascou, « Le rescrit d’Hispellum », Mélanges de l’École Française de Rome [MÉFRA], 1967, pp 609-659

Lançon, Bertrand. Constantin. (306-337). Presses Universitaires de France, 1998

Piganiol, André, et André Chastagnol. L’empire chrétien. (325-395). Presses Universitaires de France, 1973

« Italie », L’Année épigraphique, vol. année 2014, no. 1, 2017, pp. 147-245.

Augustin.R

Augustin.R

Etudiant et alternant en Communication dans les Pays de la Loire. Un objectif : facilité l'utilisation du numérique pour les TPE et PME.

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