Le camouflage Dazzle permet de camoufler des navires

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Iconographie d'un navire avec le camouflage Dazzle

Retournez dans le temps grâce à ces photos historiques du camouflage Dazzle!

Nous vous proposons un focus sur le camouflage Dazzle, une excentricité de la marine de guerre du XXe siècle. Ce type de camouflage est à créditer à l’artiste peintre Norman Wilkinson. Au cours de la Première Guerre mondiale il met son talent à contribution et propose à la Royale Navy ce type de camouflage qu’il nomme « Camouflage Dazzle » (embrouiller en anglais).

Lors de la Première Guerre mondiale, les opérateurs utilisent des télémètres mécaniques pour identifier les cibles à l’artillerie. Lorsqu’ils rencontrent un tel camouflage, ils ne peuvent pas savoir s’ils ont la proue ou la poupe du navire rendant dès lors impossible les tirs. Les motifs entrecroisés du camouflage génèrent des illusions d’optique qui perturbent leur vision. De plus, un tir d’artillerie doit prévoir la position d’une cible dans le futur, les distances entre les navires étant très importantes – parfois plusieurs kilomètres – il faut pouvoir calculer la position, la vitesse et le cap du navire pour prévoir le tir et toucher. Le camouflage est donc disruptif et protège les navires de l’artillerie et des torpilles, mais pas de l’aviation, et des nouvelles technologies notamment le radar.

Conception artiste de la vue d’un périscopique d’un U-boot sur un navire marchand camouflé et non camouflé. © Encyclopædia Britannica, 1922

Le concept n’a pas intéressé la marine anglaise au début de la guerre, mais lorsque les U-boote ont commencé à affaiblir les lignes de ravitaillement dans l’Atlantique en 1917, l’amirauté a cherché à trouver des artifices pour limiter les dégâts et soustraire les navires anglais des périscopes allemands. Le camouflage disruptif devient rapidement le procédé le plus adapté. Le SS Industry est le premier navire marchand a être équipé d’un tel camouflage, il passe le test d’efficacité et dès lors le lieutenant Norman Wilkinson est placé à la tête d’une unité en charge du camouflage de la flotte anglaise. L’unité se compose de militaires mais aussi de civils, notamment des étudiants et des artistes. Ils travaillent en consoeur dans les ateliers de la Royal Academy of Arts. Edward Wadsworth est l’artiste le plus connu de l’unité, notamment parce qu’il a supervisé le camouflage de plus de deux cents navires.

« The primary object of this scheme was not so much to cause the enemy to miss his shot when actually in firing position, but to mislead him, when the ship was first sighted, as to the correct position to take up. [Dazzle was a] method to produce an effect by paint in such a way that all accepted forms of a ship are broken up by masses of strongly contrasted colour, consequently making it a matter of difficulty for a submarine to decide on the exact course of the vessel to be attacked…. The colours mostly in use were black, white, blue and green…. When making a design for a vessel, vertical lines were largely avoided. Sloping lines, curves and stripes are by far the best and give greater distortion. » / « L’objectif premier de ces motifs n’était pas tant de faire échouer les tirs de l’adversaire, mais de l’induire en erreur, lorsque le navire était visé, quant à la position exacte sur laquelle il devait faire feu. [Le camouflage disruptif était] une façon de produire un effet d’optique par lequel les formes habituelles d’un navire sont brisées par une masse de couleurs fortement contrastées, augmentant ainsi la difficulté pour un sous-marin de décider sur quelle trajectoire attaquer le navire… Les couleurs les plus utilisées étaient le noir, le blanc, le bleu et le vert… Lors de la conception d’un schéma, les lignes verticales étaient à éviter. Les lignes inclinées, courbées et les rayures sont de loin les meilleures et engendrent une plus grande distorsion de l’image. » – Norman Wilkinson s’exprimait de la sorte sur son invention en 1919 dans un conférence.

Au cours de la Première Guerre mondiale plus de 4 000 navires marchands et 400 navires de guerre sont recouverts d’un camouflage disruptif. Les marines des pays étrangers suivent les innovations anglaises et l’intègrent également. Ainsi en France dès 1917 une unité est constituée et en 1918 la marine étasunienne intègre un camouflage disruptif sur ses navires.

USS West Mahomet en camouflage Dazzle en novembre 1918, alors à quai dans un port. Le camouflage montre toute sa puissance de déformation. Il est difficile de savoir où se situe la proue du navire.

USS West Mahomet
© Bureau of Ships Collection in the U.S. National Archives.

HMT Olympic est le navire jumeau du RMS Titanic. Sur cette photographie il est en tenue de camouflage Dazzle, dans sa première version alors qu’il était en service en tant que navire de guerre de la Première Guerre mondiale, à partir de septembre 1915.

HMT Olympic est le navire jumeau du RMS Titanic
HMT Olympic est le navire jumeau du RMS Titanic

HMS Argus avec un camouflage Dazzle en 1918 est l’une de nos photographies préférées de ce numéro.

HMS Argus, 1918
© U.S Navy

HMAS Yarra avec un camouflage Dazzle, il a été coulé par un croiseur japonais lors de la Seconde Guerre mondiale à plus de 600 kilomètres des côtes de Java, le 04 mars 1942.

Grimsby class sloop HMAS Yarra. Sunk by Japanese cruiser force about 400 miles south of Java on 1942-03-04 whilst escorting a convoy from Java to Fremantle
© Australian War Memorial

Le porte-avions américain USS Essex (CV-9) quitte Hunter Point Navy Yard à San Francisco en Californie. Il navigue vers la destination du Pacifique, le 15 avril 1944. Il vient d’être repeint avec un camouflage Dazzle.

Le porte-avions américain USS Essex (CV-9)
© U.S Navy

USS Leviathan dans le port de New York, le 8 juillet 1918, portant un camouflage Dazzle et assisté par plusieurs remorqueurs.

L'USS Leviathan et l'USS New Orleans quittent New York en 1918
© Bureau of Ships Collection in the U.S. National Archives.
L'USS Leviathan en camouflage Dazzle en 1918
© Bureau of Ships Collection in the U.S. National Archives.
L'USS Leviathan et l'USS Northern dans le Pacifique en 1918
© Bureau of Ships Collection in the U.S. National Archives.

Le camouflage Dazzle pendant l’entre-deux-guerres est délaissé, notamment parce que l’amirauté britannique n’arrive pas à prouver la réelle efficacité du camouflage. Toutefois le camouflage a un pouvoir bénéfique sur le moral. Les marins et les civils croyaient fortement en la capacité de celui-ci pour les protéger des U-Boot allemands notamment. Lors de la Seconde Guerre mondiale le camouflage disruptif recouvre de nouveau les navires de guerre, mais dans une faible proportion. Les nouvelles technologies comme le radar et la nouvelle menace de l’aviation viennent porter un coup durable sur la nécessité d’un tel camouflage. De plus le camouflage s’altère très rapidement et le coût d’entretien est important. Le navire doit être à quai longtemps et une importante main-d’oeuvre doit s’occuper de la restauration de la peinture. Le camouflage Dazzle est surtout utilisée dans les derniers mois de la guerre par la marine américaine dans le Pacifique lorsque l’aviation japonaise ne constitue plus une menace.

Aujourd’hui il apparaît de manière sporadique, dans quelques marines de guerre, dans le monde civil pour l’aspect esthétique, mais c’est tout.

Augustin.R

Augustin.R

Etudiant et alternant en Communication dans les Pays de la Loire. Un objectif : facilité l'utilisation du numérique pour les TPE et PME.

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