L’Europe de 1945, après les tourments de la guerre

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Réfugiés français sur la route de l'exode, 19 juin 1940

L’Europe de 1945 est ruinée et dévastée par les atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Le temps est à la paix.

Cette période est marquée par une historiographie complexe, les historiens des années 50 considèrent que depuis le mythe d’Europe[1], le destin de ce territoire est tout tracé. Dès lors, l’ensemble des politiques et des ententes au sein de l’Europe pendant les années 1950 et 1960 s’expliquent par des siècles voire des millénaires d’histoire dans cette région. L’histoire devient linéaire voire quasiment naturelle. Cette vision est aujourd’hui caduque et montre le sentiment téléologique des historiens du milieu du siècle dernier. Cette pratique intellectuelle consiste à écrire l’histoire en connaissant les faits historiques passés, présents et futurs. Pour illustrer la téléologie, nous utiliserons la Révolution française de 1789. Aujourd’hui nous savons que ces événements ont provoqué la chute de la monarchie française. Il serait contestable par contre d’étudier cette période en considérant qu’ils avaient qu’un seul objectif, la chute de la monarchie. Les événements ont provoqué la chute de la monarchie, mais n’avaient pas pour objectif premier (ni même (peut-être) pour objectif tout court) de faire chuter ce régime. Pour retourner à nos historiens spécialistes de la téléologie des années 50, leur récit est peu fiable, abstrait et déterministe. Aujourd’hui, l’histoire est abordée avec l’utilisation d’une méthode scientifique confrontant les sources, les témoignages (quand cela est possible) et tout cela en neutralité totale avec le sujet. L’historien ne doit pas faire passer de message, il doit juste retranscrire le plus fidèlement possible les événements du passé.

Les premiers désirs de paix pendant l’entre-deux-guerres.

Déjà après la Première Guerre mondiale, les pays de l’Europe souhaitent installer la paix. L’idée d’une organisation de l’Europe est portée par des politiques (Aristide Briand), par des journalistes (Weiss avec le journal « l’Europe nouvelle ») et d’autres personnalité comme Richard Coudenhove-Kalergi. Ils avaient une vision pan-européenne, avec le besoin de créer une organisation à vocation économique pour maintenir la paix et le développement du territoire. Entre 1918 et 1930 le construction d’une Europe paisible et forte est imaginable. En effet en 1925 le Pacte de Locarno est ratifié par la majorité des acteurs européens (France, Belgique, Allemagne, Italie, Pologne, Grande-Bretagne, Tchécoslovaquie) et assure la sécurité collective de l’Europe et des frontières allemandes. Les velléités successives et toujours plus fortes de Mussolini (depuis 1922 en Italie) et d’Hitler (depuis 1923 en Allemagne) mettent rapidement en cause la construction européenne. À partir de la guerre d’Espagne de 1936 les nations européennes se déchirent et l’idée d’Europe unie recule. En effet cette guerre d’Espagne est le reflet des crises politiques mineures ailleurs en Europe, les communistes, les socialistes, les républicains et les nationalistes se battent pour obtenir le pouvoir.

En Europe il apparaît alors deux visions : 

  • – L’expansion allemande orchestrée par Adolf Hitler à partir de 1933, qui voit la création d’une puissante Allemagne, unifiant l’ensemble du peuple germanophone constitué sous la forme d’un empire, un Reich. Cet espace est le Lebensraum qui permettrait au peuple allemand de survivre et de s’étendre par la suite. Cette vision de l’Europe prône une vision raciale et raciste.
  • – La seconde forme n’est pas aussi puissante. Elle désire la paix et la création d’une organisation spatiale qui permettrait une entente commune. L’une des grandes problématique de cette voie est la place de l’Allemagne, en effet depuis le Traité de Versailles de 1918, le pays est mise sur le banc de l’Europe.

Le Traité de Versailles était de prime à bord un traité de vengeance plutôt que de construction pacifique. L’entre-deux-guerres est une période complexe, en effet des acteurs puissants comme la France, ne souhaitent pas le retour de l’Allemagne dans la « communauté européenne ». La montée en puissance des régimes totalitaires provoquent des vagues de racismes et de haine. Le krach boursier de 1929 pousse le peuple à la misère. Ces événements provoquent une atmosphère explosive, terreau de cette haine et de ce racisme. Ainsi, au lendemain de la Première Guerre mondiale, il était très difficile de mettre en place des institutions pour unifier l’Europe.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale

Après la Seconde Guerre mondiale l’Europe se divise et se confronte. En effet, la zone méditerranéenne est marginalisée. L’Italie fait partie des pays vaincus, l’Espagne est sous la domination du nationaliste Franco. Et ce mouvement inquiète les puissances européennes, Franco est alors mis au ban des nations européennes. En 1945, l’Europe occidentale ne représente que très peu de pays : la France, le Royaume-Uni et les États du Benelux (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas). Ces puissances sont en déclin, elles ont été touchées de plein fouet par la guerre. L’Europe n’a donc pas grand-chose à voir avec l’Europe de la fin de la Première Guerre mondiale. L’ensemble du continent a été ravagé par la guerre contrairement à 1918, où le front se limitait à la frontière franco-allemande, dans l’Est ou bien dans les Balkans. Le bolchévisme mis à l’écart en 1917 fait parti du camp des vainqueurs et s’est rapproché du monde Occidental. En 1919 les États-Unis ne souhaitent pas s’éterniser en Europe, leur politique était très protectionniste. En effet, les États-Unis n’avaient pas ratifié le Traité de Versailles en 1920. Après leur intervention militaire, financière et économique, ils avaient décidé de mettre en place de nouveau leur politique isolationniste. En 1945, les États-Unis s’intègrent davantage dans la politique des sociétés européennes. Ils souhaitent un retour au calme, à des institutions supra-nationales capables de maintenir la paix. De plus l’URSS devient un rival à sa mesure, ce qui l’inquiète.

L’Europe a été touchée par les desseins des puissances totalitaires. En effet, comme nous l’évoquions précédemment, l’Allemagne nazie a souhaité mettre en place un « homme nouveau ». Le Reich devait regrouper les populations germanophones pour dominer et asservir les populations inférieures qui vivaient en Europe. La doctrine nazie est basée sur des aspects raciaux et racistes. Les Juifs, les Tziganes, les handicapés, les homosexuels, mais également les Slaves sont des catégories d’humains à massacrer. Dès 1942, l’Europe devient le théâtre de déportations et d’un holocauste d’une intensité et d’une violence extrême qui marque toujours l’Europe au fer rouge. Les sociétés post-guerre sont traumatisées par l’ouverture des camps de la mort. Elles le sont également par les premières frappes atomiques des alliées. Les Américains ont effectivement lancé deux bombes atomiques sur le Japon pour écourter la guerre et diminuer le pertes militaires alliées. Cette période est marquée par de nouveaux courants intellectuels qui exorcisent les tensions, les risques et les violences provoquées par la Seconde Guerre mondiale : « l’existentialisme ». Les violences de la guerre semblent avoir touché l’ensemble du monde. Pourtant, il est important de rappeler qu’une majorité de territoires n’ont pas été touchés, c’est le cas même en Europe. Le sud de la France et majoritairement l
e sud de l’Europe n’ont quasiment pas connu de combats, de déportations ou encore de massacres. Des régions ont même ouvertement collaboré avec l’occupant. À la fin de la guerre, les survivants et les résistants sont très peu écoutés, l’objectif des politiques est de passer à autre chose. Il y a le désir d’oublier cette période sombre.

Europe at the height of Axis success (2015) Wikimedia Commons
Europe at the height of Axis success (2015) Wikimedia Commons

Un nouvel espoir de paix, des conditions nouvelles

L’une des autres grandes différences entre la fin de la Première Guerre mondiale et la seconde est la manière dont elles se terminent. En effet, lors de la Grande Guerre, le conflit se résout par un armistice entre les belligérants. Lors de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne capitule. Dès lors l’État allemand n’existe plus, les Allemands se sont rendus pieds et mains liées aux vainqueurs. Cette situation fait émerger de nouvelles questions, en effet, que doit devenir l’Allemagne ? Le pays est source de deux conflits mondiaux, de millards de dollars de destructions, de millions de pertes humaines. Il est difficile de faire payer les frais aux Allemands, étant donné que plus aucune structure institutionnelle officielle n’existe. Faut-il occuper le territoire ? Comment nettoyer le territoire des horreurs nazie ? Pour le reste du monde, il faut trouver des coupables et des responsables… Il y a la mise en place de la politique des 3D : « Décartellisation, Démilitarisation, Dénazification ». Comme de nombreux pays européens touchés par la guerre, l’Allemagne est en ruine. L’idée de laisser l’Allemagne en ruine pour éviter des représailles futures est vite abandonnée. Il faut rapidement reconstruire[2] l’Europe y compris les pays vaincus pour ne pas gangréner l’Europe. De nombreuses populations ont été déportées lors de la guerre que ce soit par les Allemands, mais également pour fuir l’arrivée de l’Armée Rouge. L’Europe centrale est touchée par de très grandes migrations[3], après la guerre, des millions de personnes cherchent des zones habitables et viables pour s’installer. Cette instabilité pose des problèmes de nationalité et de souveraineté pour les pays d’accueils. D’importants territoires administrés par le Reich doivent retrouver leur indépendance, ou leur souveraineté pour réorganiser la vie des populations.

Pour le cas de l’Allemagne, elle tombe sous le joug des vainqueurs. Ils deviennent les décideurs du devenir du pays. L’Allemagne est alors divisée entre la République fédérale d’Allemagne  – régime, modalité, nation – (RFA) et la République démocratique allemande – la notion allemande est réduite à un qualificatif, le seul point important est le régime – (RDA) en 1949. L’administration de l’Allemagne est aux mains d’acteurs étrangers, les États-Unis, l’Angleterre et la France pour la RFA et l’URSS pour la RDA.


[1] Europe dans la mythologie grecque est une princesse phénicienne, fille d’Agénor. Elle a été enlevée par Zeus, qui l’emporte en Crète ou il se reproduit avec elle, donnant trois fils Minos, Rhadamanthe et Sarpéton.

[2] Allemagne année zéro est un film réalisé par l’Italien Oberto Rossellini et sorti en 1948. Il permet de se représenter l’Allemagne à l’heure zéro, c’est-à-dire au moment de l’effondrement du régime nazi. En effet le film se déroule dans Berlin, une ville en ruine à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale. Ce film permet de se représenter l’Europe de 1945.

[3] Amen, Shoa, sont des films qui permettent de se rendre compte dans un cadre fictionnel des remues de populations en Europe après la Seconde Guerre mondiale.

Bibliographie

BETBEZE Jean-Paul et GIULIANI Jean-Dominique, Les 100 mots de l’Europe, Paris, PUF, Que sais-je ?, 2011. Lien vers l’ouvrage.

BOSSUAT Gérard, Histoire des constructions européennes au XXe siècle. Bibliographie thématique commentée des travaux français, Berne, Euroclio, Peter Lang, 1994, 106 p.

Dictionnaire critique de l’Union européenne, Paris, Armand Colin, 2008, 494 p.

FRANK Robert, « L’histoire de l’Europe : l’histoire d’un problème et une histoire du temps présent », Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, n°71, juillet-septembre 2001, dans le cadre du dossier thématique intitulé : Apprendre l’histoire de l’Europe.

FRANK Robert (dir.), Les identités européennes au XXe siècle : diversités, convergences et solidarités, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, 206 p.

GERBET Pierre, La France et l’intégration européenne. Essai d’historiographie, Berne, Euroclio, Peter Lang, 1995, 162 p.

GALLIANO Richard, Histoire des puissances européennes de 1815 à 1914, Paris, Hachette, 2000, 190 p.

PAXTON Robert et HESSLER Julie, L’Europe au XXe siècle, Paris, Taillandier, 2011. Lien de l’ouvrage.

SCHIRMANN Sylvain, Quel ordre européen. De Versailles à la chute du IIIe Reich, Paris, Armand Colin, 2006, 334 p. Lien de l’ouvrage.

SOULET Jean-François, Histoire de l’Europe de l’Est de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, Paris, Armand Colin, 2006, 262 p.

BITSCH Marie-Thérèse, Histoire de la construction européenne, Bruxelles, Editions Complexe, 1999 (2e édition), 358 pages.

BOSSUAT Gérard, Les fondateurs de l’Europe, Paris, Belin, 2001, 286 p. (nombreuses éditions)

BOSSUAT Gérard, L’Europe des Français, 1943-1959, la Quatrième République aux sources de l’Europe communautaire, Paris, Publications de la Sorbonne, 1997, 471 p.

BOSSUAT Gérard, La France et la construction de l’unité européenne. De 1919 à nos jours, Paris, Armand Colin, 2012. Lien de l’ouvrage.

Augustin.R

Augustin.R

Etudiant et alternant en Communication dans les Pays de la Loire. Un objectif : facilité l'utilisation du numérique pour les TPE et PME.

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